Un sabreur messin : le général Lasalle (1775-1809)

Publié le par La Lorraine et ses grands soldats

Antoine Charles Louis de Lasalle est né à Metz le 10 mai 1775 dans l'hôtel du 9 de la rue du Grand Cerf, plus connu aujourd'hui comme “hôtel de Gournay”, du nom de la célèbre famille qui le construisit au XVIIIe  siècle. À l'âge de 11 ans, son père, Pierre Nicolas de la Salle, commissaire-ordonnateur des guerres des Trois Evêchés, le place au régiment d'Alsace-infanterie. Cinq ans plus tard, le 25 mai 1791, le jeune de la Salle est nommé sous-lieutenant au 24e régiment de cavalerie, dont il démissionne un an plus tard. Le 17 novembre 1793, abandonnant les siens et sa particule, il s'engage sous le nom de Lasalle dans un bataillon de volontaires en route vers le Nord à la rencontre des Anglo-Hollandais.

Le 20 février 1794, il est affecté au 23e régiment de chasseurs à cheval, où au bout d'un mois il est promu maréchal des logis. Son courage le fait remarquer rapidement par Pichegru, et le 10 mars 1795 le voici lieutenant, puis aide de camp de Kellermann - son compatriote messin - qu'il accompagne à l'armée des Alpes.


Le 20 mai 1796, Lasalle est affecté sur sa demande à l'armée d'Italie, mais il est fait prisonnier par les Autrichiens à Breslau. Remis en liberté, il est nommé capitaine et attaché à la division Masséna où il reçoit le commandement de l'avant-garde de la cavalerie. Il se signale le 17 décembre dans un combat près de Vicence, au cours d'une reconnaissance téméraire à la tête de 18 cavaliers. Quelques jours plus tard, à la suite d'une entrevue avec Bonaparte à Vérone, celui-ci le nomme chef d'escadron au 7e hussards. Le 14 janvier 1797, à Rivoli, Lasalle mène une succession de charges qui lui permettent de disperser plusieurs régiments ennemis et qui décident de la victoire; au soir de celle-ci, le voyant tituber de fatigue, Bonaparte lui montre les drapeaux pris à l'ennemi : “Couche-toi dessus, Lasalle, tu l'as bien mérité !“; et l'Empereur écrira plus tard : “C'est Masséna, Joubert, Lasalle et moi qui avons gagné la bataille de Rivoli“. Le 12 mars, au passage de la Piave, à l'avant-garde de la division Masséna, Lasalle culbute à nouveau les Autrichiens.

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Le 19 mai 1798, il passe à l'armée d'Egypte et se distingue à la bataille des Pyramides : à la tête d'une soixantaine de hussards, il culbute une colonne ennemie et la précipite dans le Nil (21 juillet) : le lendemain, Bonaparte le nomme chef de brigade du 22e régiment de chasseurs à cheval. le séjour de Lasalle est une suite de succès et d'actes de bravoure, notamment à Salalieh, à Redemieh où il sauve la vie à Davout (18 janvier 1799), et à Thèbes (11 février). Rentré en France au début de 1800, il est affecté comme chef de brigade au 10e régiment de hussards (25 août), et repart pour l'Italie. À Caldiero, il a trois chevaux tués sous lui ; à Civitella, avec un seul de ses escadrons, il met en fuite six escadrons autrichiens. C'est à cette époque que Lasalle aurait composé la célèbre Fanchon :Elle aime à rire, elle aime à boire, elle aime à chanter comme nous“, dont l'air entraînant a fait la Madelon des soldats de l'Empire.

De retour d'Italie, Lasalle fait partie du corps expéditionnaire du général Leclerc envoyé en Espagne pour la soutenir contre le Portugal.

Après avoir été employé au corps d'observation de la Gironde et à l'armée des côtes de l'Océan, il est promu général de brigade le 1er février 1805, et prend le commandement d'une brigade de la 1ère division de dragons stationnée à Amiens, puis de la 2e brigade de dragons à la Réserve de cavalerie de la Grande Armée. Il fait avec sa brigade la campagne d'Autriche, mais ne participe pas directement à la bataille d'Austerlitz, car Napoléon l'a envoyé vers les débouchés de la Bohème. Quelques jours plus tard, il est placé à la tête d'une brigade de cavalerie légère formée de deux régiments d'élite : les 5e et 7e Hussards. À la tête de cette brigade, qui allait être surnommée l'Infernale, Lasalle prend une part active à la campagne de Prusse; le 28 octobre 1806, il oblige Hohenlohe à capituler à Prentzlow avec 6000 hommes. Deux jours plus tard, avec sa seule brigade, il contraint la ville de Stettin, défendue par 5500 hommes, à capituler. Le 16 novembre, il participe à la prise de Lübeck.


Le 26 décembre, Lasalle est fait général de division et reçoit le commandement de la division de cavalerie légère nouvellement créée à la Réserve de cavalerie (13 régiments), qui s'illustre à la bataille d'Eylau lors de la charge de Murat.En février 1808, il est envoyé sous le commandement de Bessières en Espagne. Le mois suivant,il est fait comte de l'Empire. Vainqueur à Torquemada le 6 juin, au pont de Cabezon le 12, il entre le même jour à Valladolid, et sert le 14 juillet à la bataille de Medina del Rio Secco. À Medellin, le 28 mars 1809, il sauve l'artillerie française du désastre en enfonçant avec le 26e Dragons un carré de 6000 Espagnols.


Rappelé à l'armée d'Allemagne, Lasalle participe à la bataille d'Essling (21-22 mai) ; il y perd la moitié de ses effectifs et sauve la vie de Bessières. Le 6 juillet, au second jour de la bataille de Wagram, alors qu'il mène ses hussards à la charge, il est tué d'une balle en plein front : il avait 34 ans. On dit que la veille, il avait retrouvé sa pipe cassée dans ses ses bagages, et l’air triste, prenant ceci comme un mauvais présage, il avait prédit à son aide de camp : « Je ne survivrai pas à cette journée ». Lasalle était devenu le modèle de tous les hussards : cavalier et sabreur téméraire, défiant la mort (”Tout hussard qui n'est pas mort à 30 ans, disait-il, est un jean-foutre”), mais aussi joueur et fêtard, dur mais aimant les femmes.


Par décret du 1er janvier 1810, Napoléon ordonne qu'une statue de Lasalle soit érigée sur le pont de la Concorde à Paris, mais les événements postérieurs en empêcheront l'exécution. Une statue équestre en bronze, réalisée par le sculpteur Cordier, sera placée en 1893 au centre de la cour d'honneur du château de Lunéville.

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