Frédéric Henry Micheler (1852-1917)

Publié le par La Lorraine et ses grands soldats

 

         Fils du général de brigade Charles Micheler, qui combattit à Spicheren, frère aîné du futur général de division Joseph Micheler,  petit neveu du colonel d’Empire Jacob Metzinger, Frédéric Henry Micheler est né à Phalsbourg le 1er mai 1852. Il embrasse la carrière militaire à la fin de l’année 1870. Le 2 décembre, il adresse une lettre au ministre de la Guerre, lui demandant de l’affecter comme sous-lieutenant au 3e régiment de ligne de Grenoble, où il réside, alléguant d’une part son admissibilité à Saint-Cyr, d’autre part la situation de son père, alors en captivité en Allemagne, et de son frère aîné, sous-lieutenant, blessé à Sedan. La demande est appuyée par le général commandant la 22e division militaire de l’Isère. La réponse ne semblant pas avoir été conforme au souhait exprimé, Frédéric Micheler contracte le 18 décembre un engagement volontaire au 47e régiment d’infanterie de ligne, où il est néanmoins nommé aussitôt sous-lieutenant. Le 11 février 1871, il passe au 87e régiment d’infanterie de Bordeaux et, le 5 septembre, part pour Saint-Cyr. C’est là que, le 10 juin 1872, il opte pour la nationalité française. Il en sort au mois de septembre, classé 37e sur 350, et rejoint son régiment.

         Le 31 octobre 1873, il passe au 128e régiment de ligne, où il est, aux dires de son chef de corps, un « officier très distingué, très actif et énergique, sérieux pour son âge », mais dont « le ton de commandement n’est pas assez ferme ». Connaissant et parlant l’allemand et l’italien, il assure le cours d’histoire et de géographie aux sous-officiers. Promu lieutenant le 21 février 1874, il participe en 1878 aux travaux de révision de la carte de France, ce qui lui vaut une lettre de félicitations du ministre de la Guerre (7 janvier 1879), mentionnée au Journal militaire. Ses qualités intellectuelles sont régulièrement mises en valeur par ses supérieurs, qui voient en lui « un officier d’avenir dans toute l’acception du mot ».

         Le 26 mars 1880, Frédéric Micheler est nommé capitaine. Passionné par les questions militaires, sa connaissance de l’italien l’incite à s’intéresser de près à l’armée italienne, et à faire aux officiers du régiment des conférences sur le sujet, à une époque où l’Italie se rapproche de l’Allemagne avant de s’allier à elle. Au mois d’octobre 1881, permutant avec un camarade, il part pour la Tunisie, où il exerce son commandement avec « entrain, initiative et coup d’œil » - même s’il est atteint d’un strabisme congénital et d’une myopie rendant indispensable le port d’un monocle.

         Il rentre en France au mois de juin 1883. Du 1er janvier au 31 mars 1884, il est détaché à la Direction d’artillerie de La Fère pour y faire un stage, à l’issue duquel il rédige un mémoire sur l’organisation et le fonctionnement du service à la direction et à l’arsenal de La Fère.  Du 1er octobre 1884 au 1er janvier 1885, il est détaché à la manufacture d’armes de Saint-Etienne, où il obtient d’excellentes notes. Le 22 mai 1886, il est admis à l’Ecole de guerre, et en sort breveté d’état-major avec la mention très bien, classé 8e sur 72. Il accomplit son stage à l’état-major de la 27e division à Grenoble, dont deux mois (juillet-août 1889) au 4e régiment de dragons de Chambéry. Au mois de février 1890, il entre à l’Etat-major général (3e bureau) où, le 25 septembre, il est nommé chef de bataillon. Il reste à l’Etat-major jusqu’en décembre 1893, pour être affecté le 9 janvier 1894 au 146e régiment d’infanterie de Toul. Le 29 décembre 1897, il est promu lieutenant-colonel et passe au 25e régiment d’infanterie de Belfort, où il remplit les fonctions de major de la garnison.

         Le 31 octobre 1898, il est nommé sous-chef d’état-major du 8e corps d’armée à Bourges, fonction qu’il occupe durant cinq ans et qui lui vaut les éloges de ses supérieurs, qui voient en lui un officier des plus remarquables à promouvoir rapidement au grade de colonel. C’est chose faite le 12 octobre 1903. Quelques jours plus tard, Micheler reçoit le commandement du 4e régiment de zouaves à Tunis, où, écrit le général Dolot, commandant de la 1ère brigade, « ses préoccupations constantes sont pour la préparation à la guerre… Il a su inculquer à ses officiers une unité de doctrine en harmonie parfaite avec les nouvelles théories sur le combat… Le colonel et son régiment sont en mesure de soutenir sur le champ de bataille la vieille réputation des zouaves ». 

         Mis en activité hors cadres, Micheler rentre en France au mois d’octobre 1905 pour exercer la fonction de chef d’état-major du 10e corps d’armée à Rennes. Le 10 janvier 1908, il est nommé au commandement par intérim de la 29e brigade d’infanterie, et affecté au 42e régiment d’infanterie. Le 25 décembre, il est promu général de brigade, et maintenu dans son commandement, qu’il conserve jusqu’au début de 1912. Un témoignage de satisfaction lui est adressé  le 19 septembre 1911 par le général Picard, commandant le 8e corps d’armée, à la suite des manœuvres de sa brigade. Il reçoit alors le commandement provisoire  de la 36e division d’infanterie, devenu définitif lorsqu’il est promu général de division, le 22 juin 1912.

         Le 20 mars 1914, Micheler est désigné comme inspecteur des réserves du 6e corps d’armée, chargé de commander, en cas de mobilisation, la 56e division de réserve. Le 23 août, il est placé à le tête du 5e corps d’armée. Le 5 juillet 1915 au matin, alors qu’il visite les premières lignes au ravin des Meurissons dans le secteur de la Haute Chevauchée, sur le front d’Argonne, le général Micheler est grièvement blessé par des éclats d’obus au crâne et au poignet gauche. Il est aussitôt évacué sur Clermont-en-Argonne, où il subit une trépanation. Le lendemain, il est cité à l’ordre de l’armée. Le 15 juillet, il est transporté à Châlons-sur-Marne, où il séjourne jusqu’au 10 septembre, date à laquelle il part en traitement à Lyon.

         Mais l’état de santé du général Micheler s’aggrave. Le 7 novembre, il est atteint d’une congestion cérébrale, et son état rend impossible toute reprise de son commandement. Le 16 juin 1916, le ministre de la Guerre l’informe qu’il est placé par anticipation, à sa demande,  dans la section de réserve du cadre de l’Etat-major général de l’armée. Il meurt à Lyon le 15 août 1917.   

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