François Berthélémy (1866-1961)

Publié le par La Lorraine et ses grands soldats

   Edmond François BERTHÉLÉMY est né à Metz, place Saint-Jacques, le 24 janvier 1866. En 1872, sa famille opte pour la nationalité française et s'établit à Xertigny, dans les Vosges. Il fait ses études à Remiremont, puis à Nancy où, après avoir obtenu son baccalauréat ès sciences et un 1er accessit de mathématiques au concours général, il prépare l’examen d’admission à l’Ecole Polytechnique. Il y passe deux ans (1887-1889),et en sort est classé 56e sur 223. Il intègre alors l’Ecole d’Application de l’artillerie et du génie de Fontainebleau le 1er octobre 1889. Il s’y révèle comme un élève très studieux et prometteur, bien qu’on lui reproche de négliger son instruction militaire. Classé 3e sur 30, il est affecté comme sous-lieutenant en second au 5e régiment du génie de Versailles le 4 novembre 1891.

         Le 1er septembre 1893 il est détaché pour un an à l’exploitation militaire de la ligne Chartres-Orléans, et passe lieutenant en premier le 23 novembre. Le 9 octobre 1896, il est promu capitaine en second et nommé à l’état-major à Compiègne. Il présente à la Commission militaire supérieure des chemins de fer différents projets, notamment sur le rétablissement des communications interrompues par la destruction du tunnel de la Platinerie (1896). Mais il échoue à trois reprises aux examens d’entrée à l’Ecole de Guerre (1897-1899). Entre temps, il accomplit un stage au 3e régiment du génie  à Arras.


        
Le 21 septembre 1899, Berthélémy est nommé officier d’ordonnance du général Grillon, gouverneur d’Epinal, auprès duquel il reste pendant deux ans. Le 3 octobre 1901, il est affecté au 7e bataillon du 4e régiment du génie d’Epinal. Nommé capitaine en premier le 12 juillet 1903, il est désigné le 15 octobre comme instructeur à l’Ecole d’Application de Fontainebleau, fonction qu’il occupe durant quatre ans et dont il s’acquitte avec zèle et compétence.


        
Le 11 octobre 1907, il est nommé à la chefferie de Paris-Nord. Noté comme un « très bon officier, zélé, travailleur, rendant d’excellents services, ayant beaucoup d’initiative et de jugement », il est promu chef de bataillon le 1er octobre 1912. Le 23 juin 1913, il est muté à Châlons-sur-Marne, où il devient le 8 août chef du génie. Il n’y donne pas entière satisfaction, car on lui reproche de travailler trop lentement, notamment dans le domaine de la comptabilité, ce qui lui vaut plusieurs avertissements. 


        
Le 2 août 1914, le commandant Berthélémy est nommé à la tête du génie de la 56e division de réserve d’infanterie, sous le commandement du général de Dartein. Il participe aux combats de la Woëvre (Jeandelize, Buzy et Rouvres), à la bataille de l’Ourcq et à la poursuite vers l’Aisne. Du 1er novembre 1914 au 15 septembre 1915, il est en Artois avec la IIe armée, et dirige l’organisation des secteurs devant Hebuterne, Gommecourt et Monchy, secteurs cités comme modèles.


        
En septembre 1915, il participe à l’offensive de Champagne (ferme Navarin et butte de Souain), et se voit confier l’organisation des positions conquises. Il apparaît conne un «  chef du génie remarquable en campagne, extrêmement actif, (qui) se dépense sans compter et obtient avec un personnel relativement restreint des résultats excellents ». Le 31 octobre, il est nommé commandant du génie du Groupement de Mitry ; celui-ci apprécie « son intelligence, son sens pratique et sa conception nette et raisonnée des situations ». En mission du Grand Quartier Général, il est chargé successivement des organisations défensives de la Montagne de Reims, puis de la ville de Reims (décembre 1915-juillet 1916). Le 4 avril 1916, il est promu lieutenant-colonel, et le 17 est nommé adjoint au commandant du génie du 38e corps d’armée. En juin-juillet, il se voit confier l’organisation défensive du secteur de Moronvilliers (monts de Champagne).


        
Le 5 août, Berthélémy est nommé commandant du génie du 15e corps d’armée à Verdun, sous le commandement du général de Maud’huy puis du général de Fouclare. Il organise notamment les secteurs de la cote 304 et d’Avocourt sur la rive gauche de la Meuse, puis de la côte du Poivre, de Douaumont et de Bezonvaux sur la rive droite, n’hésitant pas à payer de sa personne dans les reconnaissances et les contacts presque journaliers avec l’ennemi. Grâce à l’utilisation intelligente et rationnelle des moyens et des hommes, il contribue à l’organisation du système routier devant Verdun, préparant ainsi  la contre-offensive du mois d’octobre 1916 sur la rive droite, et les 20 et 21 août 1917 l’attaque des positions de la côte du Talou et de Samogneux.


        
Le 24 décembre 1917, il est promu colonel et reçoit le commandement du génie de la 8e armée en Lorraine. Au début du mois de mars 1918, à la demande du général Guillaumat, commandant de l’armée d’Orient, qui le réclame à ses côtés, Berthélémy part pour Salonique. C’est dans les Balkans qu’il va donner toute sa mesure, sous l’autorité du général Franchet d’Espérey. Commandant du génie de l’armée française d’Orient à Florina, puis de l’ensemble des armées alliées sur le front balkanique (11 juin 1918), général de brigade à titre temporaire le 15 juillet, il participe avec efficacité à la mise en condition des troupes, à la préparation des offensives et à l’exploitation des succès, notamment celui de la grande offensive du 15 septembre 1918, alors que le rétablissement des communications « tenait du miracle » (Franchet d’Espérey). Il réalise la coordination des services du génie routier et industriel. L’une de ses actions les plus remarquables est le franchissement du Danube à Sistow et Routschouk.

 

 
       
Au mois de janvier 1919, il est désigné par Franchet d’Espérey pour conduire une mission d’enquête et d’information franco-britannique en Galicie et en Pologne. Durant trois mois, il déploie une grande activité, rencontre à Budapest le comte Karolyi, président de la République d’une Hongrie en pleine révolution, intervient auprès du commandant de l’armée ukrainienne qui attaque Lemberg, s’entretient avec le Maréchal Pilsudski, président de la République polonaise. La situation est si tendue que Berthélémy est envoyé à Paris pour en exposer la gravité et proposer des mesures urgentes. Il est reçu par le président Poincaré et par le général Weygand, entrevues qui aboutiront à l’intervention française en faveur de la Pologne.


        
 Revenu à Istanbul le 1er avril 1919, il est nommé un mois plus tard adjoint au Haut Commissaire de la République en Turquie, tout en conservant le commandement supérieur du génie des armées alliées en Orient. Rapatrié à sa demande pour raisons familiales, il cesse d’exercer cette double fonction à partir du 14 mars 1920. Le 8 juillet, il est placé au commandement de la subdivision de Troyes, et le 24 septembre suivant est nommé général de brigade à titre définitif. En 1921, à la demande du général de Lardemelle qui l’avait vu à l’œuvre à Verdun, sa carrière le ramène à Metz, sa ville natale, où il se voit confier le commandement du génie de la 6e Région (9 juin), puis du 6e corps d’armée (27 décembre). « Technicien remarquable, écrit Lardemelle, travailleur infatigable, esprit large, traitant toutes les questions en s’inspirant uniquement du bien général, le général Berthélémy… est pour moi un collaborateur précieux. Il est à Metz tout à fait à sa place ».


        
Général de division le 23 juin 1925, il est nommé en même temps commandant du génie de l’armée française du Rhin. Il y retrouve le général Guillaumat, qui lui saura gré d’avoir mis dans son service l’ordre qu’y avait négligé son prédécesseur, et de « créer une organisation capable de tenir tête aux prétentions chaque jour croissantes des Allemands ».

 
        
Atteint par la limite d’âge, le général Berthélémy passe dans le cadre de réserve le 24 janvier 1928. Il se retire à Montigny-lès-Metz, puis dans sa propriété vosgienne du Val d'Ajol, où il meurt le 1er septembre 1961.

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