Du Maroc à Morhange : le général Diou (1855-1914)

Publié le par La Lorraine et ses grands soldats

Né le 25 octobre 1855 à Saint-Julien-lès-Metz (où une plaque signale sa maison natale), Paul Emile Diou contracte à l'automne 1873 un engagement volontaire dans l'armée française (son père, principal du collège de Mirecourt, a opté en son nom le 28 mars 1872). Il entre au bout de quelques jours à l'Ecole Spéciale militaire de St-Cyr, dont il sort brillamment classé deux ans plus tard, et se trouve affecté comme sous-lieutenant au 69e régiment d'infanterie. Il y est noté comme un officier "de caractère timide et farouche, mais énergique travailleur". Professeur dans les cours de 3e degré, il est employé en 1876 aux travaux de lever des environs de Toul, obtenant pour son travail un témoignage de satisfaction du ministre de la Guerre (31 janvier 1877). La même année, il obtient le premier prix d'ensemble à l'Ecole régionale de tir du camp de Châlons. Noté comme un officier d'élite à l'avenir prometteur, Diou est promu lieutenant le 17 septembre 1880, et passe au 110e régiment d'infanterie. L'année suivante, il part pour la Tunisie avec le corps expéditionnaire, mais y contracte la fièvre typhoïde.

De retour en France au mois d'avril 1883, il est nommé capitaine au 45e de Laon (29 décembre 1885). Directeur des écoles de son régiment, il est chargé plus spécialement de la préparation des sous-officiers aux examens de l'Ecole de Saint-Maixent. Au cours de l'année 1888, il est détaché à l'école des travaux de campagne des officiers d'infanterie au 3e régiment d'Arras, où il rédige un mémoire sur la mise en défense de la position de Farbus-Vimy. Deux ans plus tard, en 1890, il est envoyé à l'Ecole de tir de Châlons, où il obtient la 5e mention honorable. Le 18 octobre, il est nommé professeur adjoint de tir à Saint-Cyr, fonction qu'il exerce durant quatre ans.  Le 11 octobre 1894, Diou est affecté d'office au 69e régiment d'infanterie à Nancy, où il est chargé du tir et des écoles. Au début de 1895, son chef de corps, le lieutenant-colonel Georges de Lardemelle, lui confie le commandement d'une compagnie, mais dès le mois d'octobre il repart pour la Tunisie comme major au 4e régiment de tirailleurs algériens. Le 29 décembre 1897, il est promu chef de bataillon et reçoit le commandement de 4e bataillon d'infanterie légère d'Afrique à Gabès. Très bien noté dans ce commandement difficile, il quitte la Tunisie en novembre 1900, et part avec son bataillon pour l'Indochine; il ne reste qu'un an au Tonkin, et revient en Tunisie, où durant deux ans il continue à instruire et à entraîner son unité.
 
Le 31 décembre 1903, Diou est nommé lieutenant-colonel au 121e régiment d'infanterie à Clermont-Ferrand. Commandant d'armes à Montluçon, il administre la portion centrale du régiment.Le 25 mars 1906, il passe au 2e régiment de tirailleurs algériens et repart pour l'Afrique du Nord : d'abord en poste à Mostaganem, il est placé à la tête du groupe de bataillons détaché dans le Sud.  Entre septembre 1907 et avril 1908, à la tête du 2e régiment de marche (2e régiment de tirailleurs algériens), Diou, promu colonel le 23 février 1908, participe au débarquement de Casablanca et aux opérations au Maroc. Il commande la colonne du littoral, et prend part à de nombreux combats, notamment entre le 5 février et le 28 avril. Il se signale en particulier au combat de l'Oued Aceila (8 mars), à la suite duquel il obtient une citation. Le 3 mai, le général d'Amade, commandant du corps de débarquement, adresse ses adieux au colonel Diou au moment où il s'apprête à rejoindre le 81e régiment d'infanterie en métropole : "Depuis le 2 septembre 1907, jour de son arrivée au corps de débarquement, M. le colonel Diou a pris part à presque tous les engagements qui ont marqué l'historique de la campagne tant sous Casablanca que dans les régions extérieures... Les services qu'il eût continué à rendre au Maroc, (il) les endra dorénavant en France. Il inculquera aux jeunes contingents dont il préparera l'éducation militaire les sentiments qui l'animent. Il les fera profiter des on expérience sur le terrain au contact des choses de la guerre, et lui-même leur sera un exemple du calme et de la constance dans le devoir."


Ayant quitté le Maroc, le colonel Diou rejoint sa nouvelle unité le 15 aou^t 1908, et la reprend fermement en main. Il s'y affirme immédiatement "comme un chef de corps énergique et plein d'autorité. Il a donné à toutes les branches du service, à l'instruction comme à la discipline qui laissait un peu à désirer, une impulsion vigoureuse dont les premiers effets se sont fait sentir aux manoeuvres d'automne de la 30e division". Le 22 juin 1912, il est nommé commandant par intérim de la 63e brigade d'infanterie de Narbonne. Le surlendemain, il reçoit le commandement du 62e régiment d'infanterie, puis, le 24 septembre, du 86e. Le 21 décembre, il est promu général de brigade et placé à la tête de la 63e brigade d'infanterie de Narbonne, rattachée à la 32e division et au 16e corps d'armée.


Celui-ci, commandé par le général Taverna, fait partie, avec le 20e corps du général Foch et le 15e du général Espinasse, de la IIe armée de Castelnau, fer de lance de l'offensive d'août 1914 en Lorraine. Cette offensive échoue lors de la contre-attaque allemande de la bataille de Morhange, et de violents combats ont lieu dans la région de Château-Salins, Dieuze et Sarrebourg les 20 et 21. Le 20 août à 4 heures du matin, par une forte brume, les forces du 16e corps d'armée sous les ordres du général Taverna s'apprêtent à lancer l'offensive vers Bénestroff, mais au même moment, les troupes ennemies venant de Cutting, Loudrefing et Mittersheim lancent leur attaque ; c'est à la tête de la 63e brigade que le général Diou, donnant l'exemple, le fusil à la main, tombe mortellement frappé au bois de Mühlwald : il est aussitôt remplacé par le commandant Jacques, tué lui aussi au combat (voir Jacques Didier, LORRAINE 1914, Guide des lieux de mémoire - Morhange et le Grand Couronné de Nancy. Ysec 2004.)


Le général Diou est enterré au cimetière militaire du village de Cutting. En 1922, la municipalité et la section du Souvenir Français de Saint-Julien-lès-Metz font apposer une plaque sur sa maison natale. Son nom sera donné à l'un des trois forts du mont Saint-Quentin.

 

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