Arthur Poline (1852-1934)

Publié le par La Lorraine et ses grands soldats

Poline

 

Né le 16 août 1852 à Metz, rue Saint-Georges, Arthur Poline est le fils de Joseph Poline (originaire d’Ancerville), domestique puis concierge au lycée de Metz, et de Madeleine Burton (née dans la région d’Arlon). Après avoir achevé ses études au lycée de Metz et obtenu le baccalauréat ès sciences, Arthur Poline contracte à la mairie de Nancy, le 7 novembre 1872, un engagement volontaire pour neuf ans et entre à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr une semaine plus tard. Reçu major de sa promotion (sur 304 élèves), il est nommé sous-lieutenant le 1er octobre 1874 et rejoint le 91e régiment d’infanterie le 15 décembre suivant. Il s’y fait remarquer rapidement par son instruction et ses talents de dessinateur, et son chef de corps lui prédit rapidement « un très bel avenir militaire ». 
       

Le 17 juillet 1875, il est affecté au 144e régiment d’infanterie, et suit les cours de l’Ecole de tir du camp du Ruchard, où il obtient le premier prix d’ensemble et le prix d’adresse. Chargé en 1878 des travaux de révision de la carte de France dans le département des Basses-Pyrénées, il reçoit le 28 mars 1879 une lettre de satisfaction avec prix du ministre de la Guerre, quelques jours après avoir été affecté comme lieutenant au 11e régiment d’infanterie (18 février). Le 1er novembre, il entre à l’Ecole Supérieure de Guerre, dont il sort breveté d’état-major le 13 novembre 1881 avec la mention très bien et le numéro 11 sur 75 élèves.  
  
Dès le lendemain, il est détaché en Algérie comme officier d’ordonnance du général Cajard, commandant la subdivision de Batna. Le 3 août 1884, il est promu capitaine au 2e régiment de tirailleurs algériens, mais le 15 septembre suivant est détaché à la direction de l’infanterie (2e bureau) du ministère de la Guerre, où il occupe son emploi jusqu’au 14 septembre 1885. A sa demande, il est détaché comme stagiaire à l’état-major de la 11e division d’infanterie à Nancy, du 15 septembre 1885 au 11 janvier 1888. Dans le cadre de ses fonctions, il étudie les positions autour de la ville (forêt de Haye en 1886, plateau de Malzéville en 1887), et dirige en 1887 le bureau d’interrogatoire des déserteurs. Ces années à Nancy sont également ponctuées de deux stages de deux mois, l’un en 1886 au 10e régiment de hussards (1er novembre-31 décembre), le second, du 1er octobre au 30 novembre 1887, aux batteries du 8e régiment d’artillerie stationné à Nancy. Les rapports de ses supérieurs sont des plus élogieux : « Exceptionnellement apte au service d’état-major, … officier hors ligne, … le plus précieux des auxiliaires dans un état-major ». Mais on lui reproche sa trop grande modestie et sa timidité, « qui lui enlève la plus grande partie de ses moyens ». 
      
 Le 29 décembre 1892, le capitaine Poline reçoit le commandement d’une compagnie du 69e régiment d’infanterie de Toul. Le 26 février 1894, il est promu chef de bataillon et passe au 79e régiment d’infanterie de Neufchâteau.  Le 17 mars 1896, il est détaché au 3e bureau de l’état-major général de l’armée, et y est nommé, le 30 novembre 1898, chef de cabinet du chef d’état-major général de l’armée, le général Brault. Promu lieutenant-colonel le 30 décembre 1899, il est affecté le 12 janvier 1900 au 37e régiment d’infanterie à Troyes. Trois mois plus tard il retourne au 3e bureau. Au cours de l’année 1901, il participe à deux voyages d’état-major, dans le nord et dans les Alpes, et suit une période du cours de tir d’infanterie du camp de Châlons. Le 2 avril 1902, il est nommé colonel, et le 30 octobre 1902 est placé à la tête du 3e bureau. 
        
Le 17 octobre 1903, bien que maintenu à l’état-major, il est nommé au 88e régiment d’infanterie. Deux mois plus tard, le 31 décembre, il reçoit le commandement du 104e régiment d’infanterie : il y est noté par le général de Chalendar, commandant la 14e brigade, comme « un officier tout à fait remarquable, … animé du meilleur esprit militaire, extrêmement intelligent, d’un jugement très sûr, énergique… il rend à tête du 104e des services qui ne le cèdent en rien à ceux qu’il a rendus à l’état-major général de l’armée comme chef du 3e bureau ». 

        
Le 25 avril 1906, le colonel Poline est nommé directeur de l’infanterie au ministère de la Guerre. Le 28 juin, il est promu général de brigade, et le 12 mars 1907 obtient le commandement de la 12e brigade d’infanterie à Paris, sous l’autorité du général Joffre, commandant la 6e division. Tacticien consommé, il dirige avec habileté les manœuvres dont il est chargé, et attache grand soin à l’instruction des officiers et des hommes. On voit en lui un futur général de division, apte même à commander un corps d’armée. Le 10 août 1908, il est nommé membre du Comité technique de santé, et le 13 janvier 1911 du Comité technique d’Etat-Major. Le 12 juin suivant, il se voit confier le commandement par intérim de la 11e division d’infanterie de Nancy, charge confirmée avec sa promotion au grade de général de division. Au cours des manœuvres de l’automne 1912 sur le plateau de Malzéville, il a l’honneur de présenter sa division au grand-duc de Russie Nicolas. 


On voit en lui le futur commandant du 20e corps d’armée de Nancy : « Né à Metz, sa profonde connaissance de la région frontière, terrains et habitants, l’étude minutieuse et détaillée qu’il a faite depuis longtemps… des conditions stratégiques et tactiques du territoire dont il saurait utiliser tous les avantages en temps de guerre, son grand sens tactique, son remarquable coup d’œil sur le terrain, le désignent très nettement  pour recevoir, le cas échéant, le commandement du 20e corps d’armée ». Si le poste échoit au général Foch, Poline est nommé, par décret du 16 octobre 1913, à la tête du 17e corps à Toulouse. 

       
C’est à la tête de cette unité que le général Poline participe en août 1914 à la bataille des frontières, dans la 4e armée du général de Langle de Cary. Durant l’offensive à l’ouest de Neufchâteau, dans les Ardennes belges, surpris dans une brume épaisse par des forces ennemies dont la présence ne lui avait pas été signalée, le corps du général Poline, chargé de prendre le plateau de Bertrix, subit un pilonnage d’artillerie qui occasionne de très lourdes pertes (21-22 août), et le contraint à se replier. Cet échec, dont Poline n’est pas personnellement responsable, entraîne des sanctions à son encontre : remis à la disposition du ministre de la Guerre le 2 septembre 1914, il est nommé commandant de la 9e région militaire à Tours. Le 23 octobre il demande, pour convenances personnelles, son passage dans le cadre de réserve, mais conserve son commandement jusqu’au 25 novembre 1917, date à laquelle il est replacé dans la 2e section (réserve) du cadre de l’État-major général de l’Armée. 
           


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